“Rien de grand ne peut se faire dans la tristesse” (Arturo Jauretche)
Telle fut la devise du Carnaval de cette année.
Après que plusieurs personnes me demandent ces derniers jours si cette fête existait en Argentine, j’ai décidé de consacrer un post à un Carnaval qui, en Amérique Latine, est associé presque automatiquement avec le Brésil et la samba.
Les festivités ici n’ont certainement pas l’ampleur de celles de Rio ou de Salvador de Bahia, pour ne donner que quelques exemples dans un pays qui vit pendant quelques jours au rythme de la samba. Il est d’ailleurs fréquent d’entendre des porteños dire qu’il n’y a pas de Carnaval à Buenos Aires.
Et pourtant, tous les week-ends de février, les rues des quartiers de Buenos Aires vibrent des percussions et brillent des couleurs vives des costumes des murgas, des compagnies de musiciens, danseurs et parfois acteurs. Chaque quartier possède la sienne, fière de son identité locale, qui se nomme “les cinglés de Boedo” ou “les morveux de Liniers”. Sur son costume coloré et brillant de paillettes et de lamés, chaque murguero coud ses passions : équipes de foot, personnages de dessins animés, stars, ou parti politique. Pendant que les tambours et trompettes battent la cadence, les murgueros de tous âges (de 2 à plus de 77 ans) défilent sur les corsos en dansant devant les spectateurs, qui viennent en famille.
Dans les autres provinces, il existe de multiples versions de ce Carnaval : danses folkloriques, défilés, chars, diables de Carnaval, etc.
Cette année, la fête avait une autre teneur : en effet, pour la première fois depuis plus de 30 ans, les jours fériés du Carnaval ont été récupérés (le 7 et 8 mars cette année). Car la faible présence de cette fête s’explique, entre autres, par le fait que les traditionnelles murgas ont été interdites pendant la dictature – leurs spectacles étant souvent contestataires et ironiques. Elles ont réapparu au retour de la démocratie, et réclament depuis lors ces fériés.
Le gouvernement a décidé cette année de les rétablir, avec cette belle devise : “rien de grand ne peut se faire dans la tristesse”. Résultat : 4 millions de spectateurs pendant les 4 jours du long week-end de Carnaval dans tout le pays.
Qui sait, peut-être que d’ici à 10 ou 20 ans le Carnaval argentin sera de taille à se comparer aux carnavals brésiliens ? En attendant, on sentait l’émotion chez les gens, notamment les plus âgés de “récupérer” la joie de cette fête populaire.
NB : les photos datent de l’an dernier car il y avait tellement de monde cette année sur le corso où je suis allée que je n’ai pas réussi à m’approcher suffisamment !



