20 décembre 2001 – 2010
Comme toujours en plein cœur (géographique) de l’actualité, j’observe de mon balcon quelques manifestants se grouper sur la place du Congreso. Il est presque 21 h mais il fait 30 °. Il y a presque autant de policiers que de manifestants. On commémore le 20 décembre 2001.
Il y a tout juste 9 ans, sur la même place, et dans tout le reste du centre de Buenos Aires, la police réprimait des manifestations violentes dans ce qui fut une des pires crises économiques, politiques et sociales de l’histoire argentine, et représente un traumatisme encore vivace aujourd’hui.
Les années 90 furent une décennie de libéralisme économique à outrance, de nationalisations et de maintien d’un système de change totalement inadapté à l’économie argentine. Un peso valait un dollar, et pour maintenir cette convertibilité, l’Etat s’endettait chaque jour un peu plus. S’ajoutait à cela un taux de chômage aux alentours de 20-25% et une paupérisation dramatique, dans les classes populaires mais aussi les classes moyennes.
Au début du mois de décembre 2001, le président d’alors, Fernando De la Rua, pour faire face à une endémique fuite de capitaux, ordonne le corralito. Les retraits bancaires étaient limités à une somme hebdomadaire. Pendant tout le mois, la tension monte entre mécontentement pour le corralito et pour la politique du gouvernement en général. Blocages de routes, manifestations et pillages de supermarchés deviennent quotidiens. Le slogan “Que se vayan todos” (qu’ils s’en aillent tous – s’entend : les politiques) est scandé dans toutes les villes du pays. La place de mai, où se trouve le siège du gouvernement, la Casa Rosada, est au coeur des affrontements.
La tension atteint son paroxysme les 19 et 20 décembre. De la Rua déclare l’état de siège, mais les manifestations continuent et il y a toujours plus de monde dans les rues, groupes politiques et citoyens non organisés. Le 20, la police réprime durement. 39 personnes meurent dans la journée dans tout le pays. A l’heure actuelle, 9 ans après, le procès des responsables de ces morts n’a toujours pas commencé.
(Quelques images des évènements, on voit par exemple en vidéo la fuite de De la Rua en hélicoptère).
A 19 h, dans un grand moment de courage politique, le président démissionne et s’enfuit en hélicoptère de la Casa Rosada, laissant un pays au bord du chaos sans direction politique. Avant la fin de l’année, 3 présidents se succèdent, puis le 2 janvier 2002, Eduardo accepte de prendre ce poste dont personne ne veut. C’est déjà une autre histoire, celle de la lente reconstruction d’une économie dévastée, au milieu de violentes manifestations. Puis de l’arrivée de Kirchner au gouvernement, aux élections suivantes.
Quand le corralito sera levé, le peso aura perdu les 2/3 de sa valeur, comme toutes les économies des Argentins. Une trahison des banques que ceux-ci ne sont pas prêts de pardonner. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux à conserver leurs économies en dollars, voire en liquide, regardant avec méfiance ces banques qui en 2001 et 2002 avaient baissé le rideau de fer et s’étaient retranchées derrière des barbelés pour résister à l’assaut de milliers de personnes qui voulaient tout simplement récupérer l’argent économisé parfois pendant toute une vie. Quant aux hommes politiques, ils semblent à peine retrouver un semblant de confiance de l’opinion depuis peu.
Pour conclure ce post que j’ai voulu surtout historique, il suffit de voir la foule réunie paisiblement au son du rock national en bas pour mesurer le chemin parcouru, le terrain regagné. Une chose est sûre : le monde n’a pas assez appris de la leçon argentine. Grecs, Espagnols, Irlandais sont bien placés pour le savoir, alors que leurs gouvernants appliquent consciencieusement ces vieilles règles qui ont toujours mené au même désastre.
Espérons que les Argentins au moins n’oublieront pas et sauront défendre ces acquis toujours si fragiles face à l’attraction dangereuse du libéralisme.


[...] d’entreprises en grave crise à un prix très inférieur à leur valeur. En 2002, suite à la crise économique et financière de fin 2001, ces fonds ont ainsi racheté des titres de la dette publique argentine, parfois jusqu’à 20% [...]
Les « fonds vautours ou fondos buitres « Hélène la tête en bas a dit ceci le Dimanche 27 février 2011 à 22:10 |