L’année électorale a démarré en trombe, “con todo” comme on dirait ici.
J’y reviendrai au cours de l’année, mais en 2011 en Argentine, on vote pour la présidence (en octobre), pour les gouverneurs de province, la moitié des députés et sénateurs, les maires, ainsi que de nombreux postes de conseillers municipaux et députés provinciaux. Autant dire que la campagne a commencé dès que les Argentins et leurs hommes politiques sont rentrés bronzés de Mar del Plata. (Destination classique de villégiature qui a atteint cet été, soit dit en passant, des records de fréquentation touristique comme le reste du pays).
Et comme l’Argentine est un pays fédéral, certaines provinces peuvent choisir leurs dates d’élections locales – si ne je me trompe pas, elles doivent cependant toujours être organisées avant ou pendant les nationales.
Les provinces de Catamarca (au nord) et de Chubut (en Patagonie) ont été les premières. Même si elles représentent chacune environ 1% des électeurs, ces scrutins étaient attendues avec impatience, comme indicateurs de l’ambiance politique.
A Catamarca, début mars, la candidate du Frente para la Victoria ou FPV – parti de Cristina Kirchner – qui à quelques semaines des élections perdait avec une différence de 20% a finalement remporté le scrutin. Une surprise, après 20 ans de gouvernement radical (centre-droite).
Au Chubut, le dimanche 20, le soir des élections, l’opposition au gouvernement a pu soupirer, soulagée. Le dauphin du gouvernement sortant, péroniste mais dissident du FPV (et candidat à la présidentielle) a gagné, avec une différence de l’ordre de 1500 votes soit 0,5%. Sauf que… déjà tard dans la soirée, on dénonçait des “irrégularités”. Qui avec les heures qui passaient sont devenues des “soupçons de fraude”. Au départ, le candidat du FPV qui avait perdu était celui qui râlait. Jusqu’à ce que les radicaux s’y mettent.
Le recomptage est actuellement en cours, l’issue du scrutin encore incertain. Pour l’instant, le candidat FPV devance son adversaire, mais plusieurs urnes ont été annulées : une urne vide, une urne avec plus de bulletins que de votants… Sans parler des cas où le dauphin du gouverneur a obtenu 888 votes… pour des centres d’environ 300 électeurs. Une faute de frappe, disent-ils.
Au-delà du fait que ce type “d’erreur” va probablement mettre fin à la carrière du futur ex-candidat à la présidence, et compliquer singulièrement celle de son successeur désigné, même s’il gagne au final l’élection, je m’interroge. A la fois, cet épisode est un peu inquiétant pour la démocratie : si le gouverneur en place peut faire ce genre de trafic, on est loin de pouvoir parler de transparence. Mais en même temps, la surveillance de chaque centre par les représentants des divers partis a permis de se rendre compte immédiatement des “choses bizarres”. Les recours institutionnels permettent aujourd’hui le recomptage des votes, et l’annulation des urnes trop louches.
N’est-ce pas là paradoxalement une preuve de la bonne santé d’un système démocratique encore bien jeune ? Finalement, si ce genre de fraude est aussi facilement démasqué, c’est peut-être le début de la maturité. Espérons tout de même que les scrutins des prochains mois, que je ne manquerai pas de chroniquer, ne souffriront pas ces inconvénients et que leur résultat sera indiscutable.










