L’âge de la maturité ?

•Mercredi 30 mars 2011 • Laisser un commentaire

L’année électorale a démarré en trombe, “con todo” comme on dirait ici.

J’y reviendrai au cours de l’année, mais en 2011 en Argentine, on vote pour la présidence (en octobre), pour les gouverneurs de province, la moitié des députés et sénateurs, les maires, ainsi que de nombreux postes de conseillers municipaux et députés provinciaux. Autant dire que la campagne a commencé dès que les Argentins et leurs hommes politiques sont rentrés bronzés de Mar del Plata. (Destination classique de villégiature qui a atteint cet été, soit dit en passant, des records de fréquentation touristique comme le reste du pays).

Et comme l’Argentine est un pays fédéral, certaines provinces peuvent choisir leurs dates d’élections locales – si ne je me trompe pas, elles doivent cependant toujours être organisées avant ou pendant les nationales.

Les provinces de Catamarca (au nord) et de Chubut (en Patagonie) ont été les premières. Même si elles représentent chacune environ 1% des électeurs, ces scrutins étaient attendues avec impatience, comme indicateurs de l’ambiance politique.

A Catamarca, début mars, la candidate du Frente para la Victoria ou FPV – parti de Cristina Kirchner – qui à quelques semaines des élections perdait avec une différence de 20% a finalement remporté le scrutin. Une surprise, après 20 ans de gouvernement radical (centre-droite).

Au Chubut, le dimanche 20, le soir des élections, l’opposition au gouvernement a pu soupirer, soulagée. Le dauphin du gouvernement sortant, péroniste mais dissident du FPV (et candidat à la présidentielle) a gagné, avec une différence de l’ordre de 1500 votes soit 0,5%. Sauf que… déjà tard dans la soirée, on dénonçait des “irrégularités”. Qui avec les heures qui passaient sont devenues des “soupçons de fraude”. Au départ, le candidat du FPV qui avait perdu était celui qui râlait. Jusqu’à ce que les radicaux s’y mettent.

Recomptage des urnes au Chubut

Source : journal OPI Santa Cruz

Le recomptage est actuellement en cours, l’issue du scrutin encore incertain. Pour l’instant, le candidat FPV devance son adversaire, mais plusieurs urnes ont été annulées : une urne vide, une urne avec plus de bulletins que de votants… Sans parler des cas où le dauphin du gouverneur a obtenu 888 votes… pour des centres d’environ 300 électeurs. Une faute de frappe, disent-ils.

Au-delà du fait que ce type “d’erreur” va probablement mettre fin à la carrière du futur ex-candidat à la présidence, et compliquer singulièrement celle de son successeur désigné, même s’il gagne au final l’élection, je m’interroge. A la fois, cet épisode est un peu inquiétant pour la démocratie : si le gouverneur en place peut faire ce genre de trafic, on est loin de pouvoir parler de transparence. Mais en même temps, la surveillance de chaque centre par les représentants des divers partis a permis de se rendre compte immédiatement des “choses bizarres”. Les recours institutionnels permettent aujourd’hui le recomptage des votes, et l’annulation des urnes trop louches.

N’est-ce pas là paradoxalement une preuve de la bonne santé d’un système démocratique encore bien jeune ? Finalement, si ce genre de fraude est aussi facilement démasqué, c’est peut-être le début de la maturité. Espérons tout de même que les scrutins des prochains mois, que je ne manquerai pas de chroniquer, ne souffriront pas ces inconvénients et que leur résultat sera indiscutable.

“Total normalidad”

•Mardi 29 mars 2011 • Laisser un commentaire

Le blog a été fort silencieux ces derniers jours, ce n’est pourtant pas faute de sujets, bien au contraire : plutôt faute de temps.
Car l’actualité est brûlante, au point que je ne sais pas par où commencer.

Autant partir du plus récent : depuis dimanche, les grands médias en Argentine crient à l’attaque à liberté de la presse par le gouvernement autoritaire, et se drapent dans leur dignité pour condamner ces pratiques. L’opposition politique ne s’est pas privée de leur faire écho, avec des déclarations du style “c’est la plus grave crise qu’a connu la démocratie” (Mauricio Macri, gouverneur de la ville de Buenos Aires).

Une de Clarin du 28 mars 2011

28 mars 2011

Lundi, Clarin est sorti avec une Une entièrement blanche. Une mesure radicale, les

Clarin au lendemain du coup d'Etat

Clarin, 25 mars 1976 - au lendemain du coup d'Etat

mauvaises langues pourront dire qu’elle se justifiait plus au lendemain du coup d’Etat militaire (jour où Clarin avait publié en Une : “total normalidad” soit à peu près “normalité totale”).

Un journaliste assassiné, un journal fermé, une chaîne de télévision interdite ? Ou sans aller jusque-là, des rédacteurs sous pression, des menaces, de la violence physique ? Une suspension de licence par le gouvernement ?

Non : dimanche, le journal papier Clarin n’a pas pu être distribué. Il est clair que c’est le quotidien le plus lu dans le pays, et que par ailleurs l’édition dominicale, grasse de suppléments et magazines, est la plus vendue.

La raison de cette non-distribution ? C’est visiblement ce qui importe moins à tous ces démocrates effarouchés. En regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un conflit syndical. Des délégués syndicaux et leurs familles ont, en désespoir d’obtenir ce qu’ils voulaient d’une autre façon, bloqué l’imprimerie du journal. Le gouvernement, fidèle à son principe de ne pas réprimer les manifestations, n’est pas intervenu.

Regardons encore d’un peu plus près… Pourquoi une telle mesure, alors qu’il existe, surtout dans un pays plutôt syndicalisé, de nombreux moyens de défendre les intérêts ou les revendications des employés ? Parce que Clarin pratique une politique ouvertement anti-syndicale.

Après avoir licencié en pure illégalité tous ses délégués syndicaux en 2000, l’entreprise a désobéi à une liste sans fin de décisions judiciaires qui donnaient raison aux travailleurs. Les employés ayant osé se réunir avec certains délégués limogés ont également été virés. Sans parler des mesures d’intimidation diverses, et les caméras de surveillance qui surveillent chaque geste des salariés, en particulier au niveau des ouvriers imprimeurs. Les journalistes n’ont pas de représentants, ce qui est aussi illégal compte tenu de la taille de l’entreprise.

On pourrait multiplier les exemples dans les nombreux satellites du groupe. Cela dit, lorsque des ouvriers occupent leur usine, ou que des cheminots empêchent le pays entier de se déplacer, on peut râler ou trouver que ce n’est pas la solution pour résoudre les problèmes. Mais personne ne dit que cela menace la liberté de la presse. Une grève de journalistes, ou le blocage d’une usine par des ouvriers imprimeurs sont des mesures discutables mais qui, s’il faut les rapporter à un droit constitutionnel, dépendent bien évidemment de la liberté syndicale et non de la liberté de la presse. Bref : on a ici un conflit syndical certes aigu, mais “totalement normal” en démocratie.

La liberté de la presse ? Comment peut-on se demander si elle existe dans un pays où les 2 principaux quotidiens, la moitié des chaînes de TV et des radios, la grande majorité du câble sont en féroce opposition au gouvernement ? Dans un pays où on a traité la présidente en exercice de psychotique bipolaire, de corrompue, démagogue, pour se limiter aux termes les plus corrects ? Où pas un jour ne passe sans que la critique au gouvernement dépasse allégrement la mauvaise foi pour atteindre parfois le mensonge pur et simple ?

Cela me parait un manque de respect pour les journalistes qui, loin de vivre dans des quartiers chics, sont réellement menacés, emprisonnés voire assassinés dans de nombreux pays du monde encore aujourd’hui.

Au-delà du manque d’opportunité politique de la mesure, ce cas semble un nouvel exemple du fait que la censure la plus dangereuse, dans une démocratie, n’est pas à chercher du côté des gouvernants mais bien des entreprises. Un journal qui a le quasi-monopole de l’information peut ainsi se poser en victime de la censure pour dissimuler son manque de respect de ses employés et des lois.

“Rien de grand ne peut se faire dans la tristesse” (Arturo Jauretche)

•Dimanche 13 mars 2011 • Laisser un commentaire

Telle fut la devise du Carnaval de cette année.

Après que plusieurs personnes me demandent ces derniers jours si cette fête existait en Argentine, j’ai décidé de consacrer un post à un Carnaval qui, en Amérique Latine, est associé presque automatiquement avec le Brésil et la samba.

Almagro, février 2010

Les festivités ici n’ont certainement pas l’ampleur de celles de Rio ou de Salvador de Bahia, pour ne donner que quelques exemples dans un pays qui vit pendant quelques jours au rythme de la samba. Il est d’ailleurs fréquent d’entendre des porteños dire qu’il n’y a pas de Carnaval à Buenos Aires.

Et pourtant, tous les week-ends de février, les rues des quartiers de Buenos Aires vibrent des percussions et brillent des couleurs vives des costumes des murgas, des compagnies de musiciens, danseurs et parfois acteurs. Chaque quartier possède la sienne, fière de son identité locale, qui se nomme “les cinglés de Boedo” ou “les morveux de Liniers”. Sur son costume coloré et brillant de paillettes et de lamés, chaque murguero coud ses passions : équipes de foot, personnages de dessins animés, stars, ou parti politique. Pendant que les tambours et trompettes battent la cadence, les murgueros de tous âges (de 2 à plus de 77 ans) défilent sur les corsos en dansant devant les spectateurs, qui viennent en famille.

Almagro, février 2010

Dans les autres provinces, il existe de multiples versions de ce Carnaval : danses folkloriques, défilés, chars, diables de Carnaval, etc.

Cette année, la fête avait une autre teneur : en effet, pour la première fois depuis plus de 30 ans, les jours fériés du Carnaval ont été récupérés (le 7 et 8 mars cette année). Car la faible présence de cette fête s’explique, entre autres, par le fait que les traditionnelles murgas ont été interdites pendant la dictature – leurs spectacles étant souvent contestataires et ironiques. Elles ont réapparu au retour de la démocratie, et réclament depuis lors ces fériés.

Le gouvernement a décidé cette année de les rétablir, avec cette belle devise : “rien de grand ne peut se faire dans la tristesse”. Résultat : 4 millions de spectateurs pendant les 4 jours du long week-end de Carnaval dans tout le pays.

Qui sait, peut-être que d’ici à 10 ou 20 ans le Carnaval argentin sera de taille à se comparer aux carnavals brésiliens ? En attendant, on sentait l’émotion chez les gens, notamment les plus âgés de “récupérer” la joie de cette fête populaire.

NB : les photos datent de l’an dernier car il y avait tellement de monde cette année sur le corso où je suis allée que je n’ai pas réussi à m’approcher suffisamment !

Les “fonds vautours” ou fondos buitres

•Dimanche 27 février 2011 • 1 Commentaire

A ma connaissance, l’expression “fonds vautour” en français ne s’utilise pas ou peu. La dénomination plus élégante ou plus langue de bois s’approcherait de “fonds d’investissement à haut risque” ou “spéculatifs”.

Une définition des “fonds vautour” s’impose donc.

Ces fonds rachètent des dettes sous forme d’actions ou d’obligations de pays ou d’entreprises en grave crise à un prix très inférieur à leur valeur. En 2002, suite à la crise économique et financière de fin 2001, ces fonds ont ainsi racheté des titres de la dette publique argentine, parfois jusqu’à 20% de leur valeur. Ils se chargent ensuite d’obtenir le remboursement de ces dettes.

Tous les moyens sont bons

Lobbying, pressions, procès, saisie de comptes, etc. sont quelques-uns des moyens que ces fonds, fidèles aux habitudes des charmants volatiles qui leur ont donné leur nom, n’hésitent pas à utiliser contre des entreprises en faillite ou des économies exsangues pour récupérer l’argent.

Il y a quelques jours encore, le juge nord-américain Griesa (particulièrement coopératif avec lesdits fonds) a une fois de plus ordonné la saisie de fonds de la Banque Centrale Argentine conservés dans la Réserve Fédérale américaine. Au cours de ce long feuilleton judiciaire, ce même juge avait même été jusqu’à saisir des comptes de la Banque Centrale situés en Argentine.

Décision qui avait ensuite été annulée par la Cour Suprême américaine, pour violation de la souveraineté nationale. Il faut reconnaître aussi que ce type de précédent n’arrangeait personne car cela ouvrait la possibilité d’un embargo sur des comptes qui par ailleurs garantissent la monnaie et autres “détails” utiles à l’économie d’un pays.

Les pauvres ?

Vous me direz, l’économie argentine va mieux, elle doit de l’argent à ces gens qui ont bien voulu lui prêter et méritent de le récupérer. Elle pourrait rembourser ses dettes et se débarrasser de ces vautours qui lui tournent autour. A plusieurs reprises, le gouvernement a proposé un échange : de cette dette en default contre de nouveaux titres plus sûrs. Effectivement, cela impliquait aussi une réduction de la valeur nominale – mais la plupart des débiteurs ont préféré récupérer une partie de l’argent, à une incertaine bataille pour le remboursement du tout.

Ce qui n’est pas le cas des “fonds vautours”. Voici une sympathique vidéo, empruntée à mon programme fétiche 6,7,8 qui montre leur stratégie de lobbying… Je n’ai pas encore décidé s’il fallait en rire ou en pleurer. En remplaçant “Argentine” par “Iran” ou “Corée du Sud”, cela colle pas mal non plus. Passons sur les accusations de voler les fonds de pension (le gouvernement a renationalisé les retraites après des années de privatisation qui, en plus de plonger dans la pauvreté des millions de personnes âgées car les retraites ne suivaient pas l’inflation, ont aussi donné lieu à une énorme escroquerie aux retraités, dont le procès est en cours actuellement… Mais j’y reviendrais).

L’US Air Force, la valise et les cipayos

•Vendredi 18 février 2011 • 1 Commentaire

Sous ce titre a priori énigmatique ne se cache pas une nouvelle fable moderne (quoi que…) mais bien une des actualités qui a beaucoup fait parler en Argentine dernièrement.

Pour résumer les faits, jeudi de la semaine dernière, un des plus gros avions-cargo de l’armée américaine a atterri à Ezeiza, l’aéroport de Buenos Aires. A son bord, du matériel pour des cours sur la gestion des prises d’otages et des enlèvements organisés par l’armée US à destination de la Police Fédérale argentine. Une liste avait été fournie au chancelier argentin avec le détail des produits transportés.

contrôle de l'avion américain à EzeizaJusqu’ici, tout va bien. Les douaniers ont donc commencé à vérifier le contenu de l’avion (énorme, rappelons-le) et se sont rendu compte qu’un tiers de son chargement, dont des armes et des munitions, ne correspondait pas. Et puis il y avait cette valise, sur laquelle des Marines se sont relayés pour rester assis toute la journée, afin qu’elle ne soit pas contrôlée. Après arrivée du chancelier, elle a finalement été ouverte. Bilan de cette vérification : en plus d’armes non déclarées, les Etats-Unis faisaient entrer en douce de la drogue, des médicaments périmés, des outils d’espionnage (écoutes téléphoniques, super-GPS), entre autres.

Le gouvernement argentin a retenu ce matériel  et suspendu le cours prévu. L’affaire aurait pu en rester là — comme ça avait été le cas pour un épisode similaire, en août dernier, pour laquelle l’ambassadrice américaine elle-même avait fait renvoyer le chargement à son port de départ. Les Etats-Unis se sont bien sûr un peu plaints.

Évidemment, pas plus que vous j’imagine je n’ai été surprise par le fait que les Etats-Unis pensent être au-dessus des lois internationales. J’ai déjà été plus étonnée et heureuse — j’allais dire orgueilleuse — de la réponse ferme mais juste du gouvernement argentin. Il faut rappeler qu’à une époque le FMI et les Etats-Unis transmettaient les lois aux gouvernements qui se contentaient de les traduire avant de les promulguer.

Mais ce qui m’intéresse ici, c’est la réaction des médias argentins. En effet, dans Clarin et La Nacion, on a pu lire pendant toute la semaine des éditoriaux désespérés de journalistes qui se traînaient par terre en suppliant les Etats-Unis de bien vouloir pardonner à l’Argentine, pays misérable qui ne sait pas ce qu’il fait à oser cet impensable affront au Tout-Puissant pays “sérieux”.

A lire certains articles, on avait l’impression que pendant ce temps, il y avait des armées de Marines en train de se préparer à l’assaut sur l’Argentine tellement le conflit était dramatique. L’Iran à côté ? Des enfantillages. Ce qui était vraiment grave, c’était ce “conflit diplomatique”. Même CNN avait une vision bien plus modérée sur l’affaire. Inutile de préciser d’ailleurs qu’elle n’a pas fait les gros titres aux Etats-Unis.

Evidemment, si un avion argentin avait fait la même chose aux Etats-Unis, les responsables seraient probablement en costume orange dans un coin de l’île de Cuba à l’heure où j’écris. Le fait de faire respecter des lois internationales très claires sur le sujet ne paraît pas une réaction démesurée du gouvernement. Mais alors pourquoi cette réaction ?

Nous en arrivons au cipayo. A l’époque coloniale, les cipayos étaient des soldats indiens qui combattaient pour l’Empire britannique. Aujourd’hui, il semblerait qu’une bonne partie de la presse – mais heureusement, j’ai l’impression, une faible proportion de la population – soit victime de cette variante du syndrome de Stockholm, qui fait que malgré la décolonisation (partielle en tous cas), ils restent à ce point convaincus de leur infériorité. On parle bien ici de colonisation économique.

A quel point d’aliénation et d’opposition au gouvernement faut-il arriver pour prendre systématiquement le parti de l’autre contre son propre pays – même quand l’autre en question a visiblement tort ?

Je finirais cet article par un hommage à Correa, président équatorien qui a gagné ma totale sympathie pour avoir répondu aux Etats-Unis qui voulaient renouveler un accord pour conserver une base militaire en Equateur qu’ils les laisseraient avec plaisir, dès lors que l’Equateur pourra installer une base militaire à Miami.

La démocratie, et après ?

•Vendredi 11 février 2011 • Laisser un commentaire

A quelques heures à peine de la démission de Moubarak en Egypte, et même si cela n’a pas vraiment de rapport avec le thème habituel de mon blog, difficile de passer à côté du sujet. Beaucoup de joie, de voir le succès d’un peuple en lutte, beaucoup d’espoir aussi, pas mal d’incertitude : comment cela continue ? Les Egyptiens, comme les Tunisiens il y a quelques semaines, et d’autres dans peu de temps si l’effet domino se poursuit, se retrouvent face à un grand défi : comment construire, à partir de rien (ou presque) une démocratie ? N’étant pas spécialiste de ces pays, j’exposerai simplement quelques réflexions sur le sujet.

Des dictateurs au pouvoir pendant tellement d’années, cela signifie que tous ces jeunes tellement présents dans les rues et sur Internet n’ont jamais connu d’autres dirigeants, d’autres formes politiques. Bien sûr, s’ils sont présents dans les rues, c’est précisément parce qu’ils aspirent à autre chose et jusqu’à un point qu’ils ont su s’organiser pour y parvenir, non sans de terribles sacrifices. Est-il plus facile de faire la révolution ou de gouverner ?

En parallèle, je lis L’espoir d’André Malraux qui se déroule pendant la guerre d’Espagne. Le livre est très riche et je me garderais d’essayer de le résumer ici, mais ce qui me frappe plus pour l’instant, c’est ce sentiment de chute inéluctable, entre les premiers chapitres où le soulèvement populaire obtient des victoires et où l’espoir d’un pays meilleur porte l’élan de la résistance. Puis, viennent les défaites, les abandons, la difficulté d’organiser une armée sans trahir les principes révolutionnaires. Comment maintenir la ferveur ?

La Tunisie et l’Egypte ont la chance de ne pas avoir de troupes fascistes sur les talons de leur révolution. Mais ils ont le poids de 30 ans d’autoritarisme, de bureaucratie, de favoritisme. Ils ont le poids d’un système qui n’a pas permis aux nouvelles générations d’accéder au pouvoir. Sans parler de l’aide dangereuse de l’armée, chargée de la transition en Egypte. Dans quelle mesure est-il possible de se débarrasser de ce poids ?

En Argentine, pour ne donner qu’un exemple, on trouve encore en activité de nombreux juges qui l’étaient déjà à l’époque de la dictature militaire (1976-1983). Beaucoup ont été complices de la répression, puis ont “couvert” leurs anciens alliés pendant les procès lors du retour à la démocratie. Manœuvres dilatoires, disparition de preuves, jugements partiaux… On était loin de la justice. Actuellement, des “procès politiques” qui demandent la suspension de certains de ces juges sont en cours : voir par exemple cet article de Pagina12 sur Luis Miret. D’autres ont démissionné. Il aura fallu attendre près de 30 ans.

Reste à espérer que Tunisie et Egypte sachent gérer leur transition démocratique, aussi bien qu’ils ont su faire partir leurs tyrans. Chance et courage à eux !

La dictature “militaire” (I)

•Mardi 25 janvier 2011 • 1 Commentaire

De 1976 à 1983, l’Argentine a connu des années de dictature violente, avec 30 000 personnes disparues, des milliers de torturés, des centaines de bébés volés à leurs parents. Que cette dictature ait été dirigée par des militaires est indéniable : le coup d’Etat du 24 mars 1976 à son origine a été fait par l’armée, les 3 “présidents” qui se sont succédé, Videla, Viola et Galtieri étaient des généraux, la plupart des gouverneurs de provinces et ministres venaient également de l’armée. Ceux-ci furent et sont d’ailleurs jugés pour les crimes commis.

Reste que même un régime aussi violent ne peut durer en se fondant uniquement sur la peur et la destruction de ses adversaires politiques. La grande question en suspens est de savoir quels ont été les civils qui en ont profité voire l’ont soutenu.

La première piste, objet de ce post, nous mène via la politique économique néolibérale aux grandes entreprises. D’abord parce que les militaires ont arrêté et assassiné massivement les délégués syndicaux les plus actifs (parfois désignés par les patrons eux-mêmes), entraînant une quasi-absence de contestation au sein des usines et entreprises. La grève est totalement interdite.

Ensuite parce que la réforme mise en place par Martinez de Hoz, ministre (civil) de l’Economie de 1976 à 1981 a appliqué à la lettre les règles les plus strictes du néolibéralisme de l’école de Chicago, imitant ainsi le “modèle” chilien.

Les conséquences ont été radicales : les travailleurs argentins ont perdu tous les droits acquis pendant l’époque du péronisme, et vont voir leurs salaires baisser pendant que les prix augmentent. Le pays s’ouvre au commerce international, les importations débarquent en masse. L’industrie nationale, florissante dans les années 50, commence un long déclin qui s’accélèrera dans les années 90 pendant la présidence du très-libéral Carlos Menem. La population vivant sous le seuil de pauvreté passe de 5,8% en 1974 à 37,4% en 1982 (source : INDEC).

Le gouvernement militaire prit également en charge la dette de nombreuses entreprises privées et garantit les intérêts d’institutions financières. Celles-ci ont pourtant profité de la dérégulation pour spéculer, aux dépens des emprunteurs notamment (au pire de la crise, les taux d’intérêt hypothécaires atteignaient 100%). Cela entraîna une augmentation brutale de la dette publique, de moins de 8 millions de dollars en 1975 à 45 millions fin 1983 (source : Banque centrale argentine).

Martinez de Hoz se justifie en disant que beaucoup de pays ont adopté ces mêmes politiques ultérieurement (en espagnol).

Inutile de préciser que Martinez de Hoz était à l’époque un enfant chéri du FMI, qui accorda à l’Argentine un crédit de 110 millions de dollars dès 1976, alors que les exactions aux droits de l’homme se savaient déjà. Avant Reagan et Thatcher, l’Amérique latine, en particulier l’Argentine et le Chili, était un laboratoire des recettes néolibérales. A la fin des années 70, il apparaissait déjà clairement que celles-ci étaient désastreuses pour l’économie, sans parler de leurs conséquences sociales… Il était dès lors logique de les appliquer dans le monde entier.

Le 24 mars 1977, le journaliste Rodolfo Walsh publiait une lettre ouverte à la Junte (qui lui valut d’être assassiné en plein jour dans une avenue passante quelques jours plus tard). Après avoir détaillé les cas de disparitions et d’exécutions déjà connus en 1977, il écrit : “Ces faits, qui secouent la conscience du monde civilisé, ne sont cependant pas les pires souffrances pour le peuple argentin ni les pires violations des droits de l’homme commises par vous. Il faut rechercher dans la politique économique de ce gouvernement non seulement l’explication de ses crimes, mais aussi une atrocité pire encore qui touche des millions d’êtres humains par la misère planifiée”.

Par certains aspects, l’économie argentine ne s’est jamais remise de cette période. Le poids de la dette va handicaper jusqu’à l’asphyxie l’économie des premières années de retour à la démocratie. Qui a été jugé pour cette destruction en bonne et due forme d’une industrie alors développée, pour cette machine à fabriquer des pauvres, pour cette dette illégitime ? Martinez de Hoz, pourtant complice de crimes de lèse-humanité, n’est condamné que depuis mai 2010.

Une page de l’histoire qu’il ne faut pas plus oublier que celle des disparus.

Qui censure ?

•Mercredi 12 janvier 2011 • 1 Commentaire

Depuis le début de l’année, il ne se passe pratiquement pas une journée en Argentine sans que soit révélé un nouveau cas de terrible exploitation d’ouvriers agricoles, qui travaillent dans des conditions proches de l’esclavage ou du pire capitalisme sauvage du XIXe.

En cette saison de récolte, ces ouvriers venus des provinces les plus pauvres du nord du pays sont recrutés pour quelques semaines par les grandes multinationales agricoles. Ils vivent entassés dans des baraquements sans eau, électricité ou installations sanitaires, mal nourris. Les employeurs retiennent sur leur paie la nourriture qu’ils consomment, qu’ils leur font payer à des prix 4 ou 5 fois supérieurs aux prix du marché. Dans certains cas, ils ne savent même pas où ils sont, pour éviter qu’ils soient tentés de s’échapper. Certains sont mineurs. Ils n’ont la plupart du temps aucune idée du salaire qu’ils vont recevoir à la fin — la plupart du temps, il sera très faible. L’agriculture est le secteur où le taux d’informalité du travail est le plus élévé du pays : près de 70% des employés travaillent illégalement, avec parfois des salaires inférieurs au minimum légal.

Campements de travailleurs saisonniers

Ces cas ont été connus du public notamment grâce à Pagina12 : voir cet article ou encore celui-ci. Ils sont en revanche pratiquement ignorés par les plus grands journaux, qui mentionnent à peine les faits en tout petit dans les pages internes que personne ne lit, quand ils ne s’érigent pas directement en défenseurs des employeurs. Selon cet article de La Nacion, par exemple, il s’agit de fausses accusations et les travailleurs en question ont été recrutés en toute légalité et sont traités correctement. Ce n’est pas tout à fait ce qu’on dirait en voyant cette photo, publiée dans Pagina12 le 2 janvier.

Pourquoi ces journaux défendent aussi partialement des entreprises pourtant mises en cause par la justice ? La raison est toute simple : il suffit de jeter un oeil à la liste d’annonceurs. Parmi eux, les grandes entreprises céréalières qui se retrouvent précisément sur la sellette.

On sait que les médias ont été et sont toujours pour certains un contre-pouvoir. Ce “4e pouvoir” s’ajoute à la liste des 3 pouvoirs, exécutifs, législatif et judiciaire qui doivent, selon Montesquieu, être séparés dans toute bonne république. Des gouvernements sont tombés, des affaires ont été révélées par des journaux qui ont accompli un véritable travail d’enquête journalistique. L’utilité de cette fonction de la presse est indiscutable, pour contrôler ces hommes que le pouvoir enivre, poser des limites au pouvoir. Les dictatures l’ont bien compris : toutes se sont empressées de la censurer.

Maintenant, je me pose la question : notre contre-pouvoir ne devrait-il pas s’intéresser un peu plus au pouvoir en général ? Le pouvoir politique n’est-il pas qu’un des aspects de celui-ci ? Dans un monde où des corporations et multinationales ont des chiffres d’affaires supérieurs au PIB de petits (ou moyens) pays, sans parler d’un lobbying à faire faire des courbettes à tous les chefs d’Etat, le président des Etats-Unis compris, qui tient les ciseaux du censeur ?

Question rhétorique, le lecteur l’aura compris. Alors que les acheteurs de la presse papier sont chaque jour moins nombreux, les médias dépendent de plus en plus de la publicité. Il semble difficile d’écrire objectivement sur une entreprise qui finance le journal, a fortiori d’en dire du mal en face d’une publicité pleine page en couleurs. Ca serait cracher dans la soupe, comme on dit. L’impunité ne coûte pas cher. Il est ensuite facile d’exploiter des ouvriers, ou de corrompre, ou de ne pas payer d’impôts. (On parle aussi beaucoup de cas d’évasion fiscale de ces mêmes entreprises céréalières qui se chiffrent en dollars, avec tant de zéros qu’on en perd le compte).

Je suis bien consciente que les médias, en particulier les journaux, ont des difficultés de financement. Mais en étant trop serviles à leurs annonceurs, en s’autocensurant, ils perdent leur principal capital : leurs lecteurs.

Que sería la derecha sin inmigración?

•Mercredi 12 janvier 2011 • Laisser un commentaire

Version en español de mi nota publicada el 28 de diciembre. Muy buena traduccion de Marie Lagarde. Gracias Marie !

Unas semanas atrás, el gobernador de la ciudad de Buenos Aires, Mauricio Macri, se enfrentaba a una situación social compleja. Tal como lo evoqué en una nota anterior, un grupo de habitantes de villas miserias había ocupado un parque público abandonado. Su primera reacción fue acusar “a la política descontrolada de inmigración”, la ausencia de control de parte del gobierno nacional. ¡Cuidado! Cuando Macri habla de inmigración en esta circunstancia no se refiere a la inmigración de europeos como la de su padre, italiano, – que sigue hablando un español bastante vacilante – o a la de norteamericanos rubios y blancos, inmigración que se enmarca, para él, en un orden legítimo. En cambio, los vecinos procedentes de países más pobres como Bolivia, Perú, Paraguay son, según él, delincuentes potenciales y posiblemente todos drogadictos.

Una vez superado el olor nauseabundo de este tipo de declaración, la primera constatación que se impone es que estas acusaciones se basan sobre… nada. Las estadísticas son inapelables: en todo lo que va de la historia de Argentina como país de recepción jamás hubo tan pocos inmigrantes recientes como hoy. El porcentaje de bolivianos y paraguayos encarcelados es inferior al porcentaje de la población global que representan. (Ver un muy buen artículo de Pagina12 relativo a estos clichés infundados).

Como en cualquier lugar del mundo los inmigrantes recientes aceptan los empleos pesados o mal retribuidos que no quieren hacer los locales, salarios irrisorios. Empleadas domésticas bolivianas u obreros de la construcción paraguayos son las figuras más visibles de su participación esencial a la economía.

Veamos. Macri, además de ser incompetente, pésimo gestor, involucrado en tantos escándalos que se pierde la cuenta (escuchas ilegales, irregularidades en el establecimiento de contratos públicos, acusación de corrupción en el otorgamiento de licencias, etc.), antipático (ya termino con el ensañamiento) ¿es estúpido? No lo creo y aunque lo fuera tendría con qué pagar buenos consejeros que le evitarían este tipo de metida de pata… Si de eso se tratara.

Estas declaraciones racistas, xenófobas me dejan una sensación de dèjà vu. A ver… “El ruido y el olor” de Chirac, “La identidad nacional” que tanto le gusta a Sarkozy, Bush hijo y los Mexicanos, Berlusconi que habla de un Obama “tostado”… podríamos seguir con muchas páginas. Pero no nos deprimamos y mejor intentemos ver hacia dónde va.

El odio al vecino es sin ninguna duda tan viejo como la humanidad, que se le pelee por un pedazo de carne, un territorio o un mercado. El hombre es un lobo para el hombre, ya lo sabemos.  Y a fortiori si el otro tiene otro color, otras costumbres, otra religión, otra sexualidad. Sin embargo, el estimado Hobbes también decía que justamente, el Estado existe para monopolizar la violencia e impedir que los conflictos se resuelvan según la ley del más fuerte.

Que algunas personas de la clase media argentina, o los militantes del “Tea Party” o nuestros fachos del FN* sean racistas o xenófobos es, desgraciadamente, un hecho. En periodo de crisis económica mundial en la que todos se aferran a sus pobres privilegios y pertenencias lo más probable es que esta situación perdure. No lo justifico de ninguna manera pero lo que me parece aún más grave de este racismo es cuando hombres políticos (curiosamente muy a menudo de derecha) explotan este viejo odio visceral para ganar puntos o votos.

Es grave porque funciona. Pero más que nada porque da un aval, una aceptación social de actitudes que son en general fuente de vergüenza y disimulación. Todos los institutos de sondeos de opinión saben que las intenciones de votos a favor del FN son inferiores al porcentaje obtenido porque la gente no se anima a confesar lo que va a votar. En Argentina, hace dos semanas, eso desencadenó violencias, “pobres contra pobres” con heridos y muertos.

Utilizar a los inmigrantes como chivos expiatorios cuando no se sabe gobernar, o que no se tiene proyecto político es criminal. Son palabras, pero palabras que hieren. Palabras que despiertan la “bestia inmunda” de Brecht que está solamente adormecida. Estos hombres políticos juegan con un fuego cuyo control terminan siempre perdiendo.

No obstante, feliz año nuevo.

*Frente Nacional: Partido francés de extrema derecha cuyos principios no son desconocidos: antisemitismo, racismo, clasismo, demagogia (falsa crítica del gran capital), anti sindicalismo, etc.: buena gente. (NdlT)

Que deviendrait la droite sans immigration ?

•Mardi 28 décembre 2010 • Laisser un commentaire

Il y a quelques semaines, le gouverneur de la ville de Buenos Aires, Mauricio Macri, se trouvait face à une situation sociale complexe. Comme je l’ai évoqué dans un précédent post, un groupe d’habitants de villas miserias avait occupé un parc public à l’abandon. Sa première réaction a été d’accuser “la politique d’immigration laxiste”, l’absence de contrôle, du gouvernement national. Attention : quand on parle d’immigration, ici, il faut bien s’entendre : pour Macri, que des Européens, comme son propre père italien, qui parle encore un espagnol émaillé d’erreurs, ou de blonds et blancs Américains du Nord émigrent est dans l’ordre des choses. En revanche, les voisins des pays plus pauvres, tels que Bolivie, Pérou, Paraguay sont, selon lui, des délinquants en puissance et probablement tous drogués.

La première constatation, au-delà de l’odeur nauséabonde de ce type de déclaration, est que ces accusations sont fondées sur… rien. Les statistiques sont formelles : dans toute son histoire de pays d’accueil, jamais il n’y a eu aussi peu d’immigrants récents qu’aujourd’hui en Argentine. Parmi la population carcérale, le pourcentage de Boliviens ou Paraguayens est inférieur au pourcentage de la population globale qu’ils représentent (voir un très bon article de Pagina12 sur ces clichés infondés, en espagnol).

De plus, ces immigrants récents, comme partout, acceptent les emplois fatigants ou peu rémunérateurs dont les locaux ne veulent pas, et des salaires faibles. Employées domestiques boliviennes ou ouvriers de la construction paraguayens ne sont que les figures les plus visibles de cette participation essentielle à l’économie du pays.

Bien, maintenant, Macri, en plus d’être incompétent, mauvais gestionnaire, plongé jusqu’au cou dans tellement de scandales qu’on en perd le compte (écoutes illégales, irrégularités dans les contrats publics, accusation de corruption dans l’attribution de licences, etc.), antipathique (bon, j’arrête de m’acharner) est-il complètement stupide ? Je ne le crois pas, et quand bien même il le serait, il a de quoi payer de bons conseillers qui lui éviteraient ce genre de bévue… Précisément, si c’en était une.

Ces déclarations racistes, xénophobes me laissent une impression de déjà vu. A ver… “Le bruit et l’odeur” de Chirac, “l’identité nationale” si chère à Sarkozy, Bush fils et les Mexicains, Berlusconi parlant d’un Obama “bronzé”, on pourrait continuer pendant des page. Mais ne nous déprimons pas et essayons plutôt de voir où ça va.

Détester son voisin est sans doute aussi vieux que l’humanité, qu’on lui dispute un bout de viande, un territoire, ou un marché. L’homme est un loup pour l’homme, c’est entendu. A fortiori si l’autre a une autre couleur, d’autres habitudes, une autre religion, une autre sexualité. Cela dit, notre cher Hobbes disait aussi que précisément, l’Etat était là pour monopoliser la violence et ne pas laisser les conflits se résoudre selon la pure loi du plus fort.

Que certaines personnes de la classe moyenne argentine, ou les militants du “Tea Party”, ou nos fachos du FN soient racistes ou xénophobes, c’est malheureusement un fait. Surtout en période de crise économique mondiale ou tout le monde se crispe sur ses pauvres privilèges et possessions, le plus probable est que cela dure. Je ne le justifie en aucune façon : mais ce qui me semble encore plus grave que ce racisme, c’est quand des hommes politiques (curieusement souvent de droite) exploitent cette vieille haine viscérale pour gagner des points, ou des votes.

Grave parce que ça marche. Mais surtout parce que cela donne une caution, une acceptation sociale à des attitudes qui sont le plus souvent source de honte et de dissimulation. Tous les instituts de sondage savent que l’intention de vote pour le FN est toujours beaucoup plus faible que le pourcentage qu’il obtient réellement, car les gens n’osent pas avouer ce qu’ils vont voter.  En Argentine, il y a 2 semaines, cela a déclenché des violences “pauvres contre pauvres” avec blessés et morts à la clé.

Utiliser les immigrants comme boucs émissaires lorsqu’on ne sait pas gouverner, ou qu’on n’a pas de projet politique est criminel. Ce ne sont que des mots, mais des mots qui blessent. Des mots qui réveillent la “bête immonde” de Brecht, qui n’est jamais qu’endormie. Ces hommes politiques jouent avec un feu dont ils finiront toujours par perdre le contrôle.

Cela dit, une très bonne année à tous.

 
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